Candidatures 2017-2018

5 février 2017
Dossier de candidature à compléter en ligne du 20 février au 28 mars 2017

Le marché de carbone -crise et perspectives-

14 février 13

Emilie ALBEROLA est diplômée du Master Spécialisé « Management du Développement Durable » d’HEC, qu’elle a poursuivi avec un doctorat en Sciences Economiques sur les fondamentaux du prix du carbone à l’Université Paris I. Elle est chef de pôle recherche au sein de l’équipe de CDC Climat, en charge des questions sur le système européen d’échange de quotas de CO2 et sur le prix du carbone. Elle fait partie du corps professoral du master EFC. 

 

Emilie ALBEROLA est chargée de l’unité d’enseignement « EU ETS » (the EU Emissions Trading System) du Master Energie Finance Carbone. Elle est spécialisée dans les domaines du marché carbone  et de la politique climatique européenne. C’est pourquoi nous avons choisi de l’interviewer sur un sujet qui est au cœur de l’actualité énergétique: le prix du carbone. Emilie ALBEROLA nous a ainsi informé quant au futur pour le marché du carbone.

Récemment, le prix de la tonne de carbone a atteint son niveau historique le plus bas. Courant janvier 2013, le prix du carbone est passé en dessous de la barre des cinq euros, soit près de sept fois moins que son prix au début de l’année 2008, tandis que les crédits issus des deux mécanismes de projets (REC: Réductions d’émissions certifiées et URE : Unités de réduction des émissions) sont eux valorisés à moins de un euro.

La loi de l’offre et la demande

 Selon Emilie ALBEROLA, le prix du carbone, comme tout  autre prix, découle de la loi de l’offre et de la demande sur le marché. Dans le cas du marché de carbone, les prix très bas résultent d’une faible demande de quotas. La crise de 2008 et ses répercussions ont réduit l’activité des différentes industries. En effet, les émissions de CO2 ont été réduites de 10 % dans les secteurs couverts par l’EU ETS et les entreprises se sont donc retrouvées avec un surplus de quotas en réserve.

Du côté de l’offre, le problème est institutionnel. Il y a une absence de visibilité quant aux politiques de long terme, les engagements de réduction se limitant à l’horizon 2020. La potentialité d’une phase 4 n’a pas été adoptée juridiquement, tout comme la feuille de route 2050. L’impossibilité de s’accorder témoigne de la difficulté d’atteindre un consensus à l’échelle européenne sur les efforts pour lutter contre le changement climatique.  Cependant, la Commission européenne travaille à l’heure actuelle sur des objectifs intermédiaires pour 2030, afin de permettre aux acteurs de l’EU ETS d’avoir une meilleure visibilité et ainsi de créer un impact positif sur le prix du carbone.

Quel prix adéquat ?

Le marché de quotas européen a été mis en place en 2005 dans le but d’inciter les entreprises de différents secteurs, et notamment du secteur électrique, à réduire leurs émissions de CO2. La transition vers une économie européenne plus sobre en carbone dépend  grandement du prix du carbone, outil indispensable. Si l’on souhaite inciter les entreprises à adopter une stratégie de « fuel switching », c’est-à-dire passer du charbon au gaz, le prix du carbone doit être compris entre 15 à 17 euros. Un prix en deçà de 13 euros  n’offre pas d’opportunité de rentabiliser d’autres options pour dé-carboniser le mode de production. Au contraire, un prix trop haut pour les objectifs de réduction fixés, affecterait la compétitivité des entreprises et aurait in fine des conséquences néfastes pour les consommateurs finaux.

Un succès malgré tout

Malgré cette baisse significative du prix du carbone, le système d’échange de quota d’émission reste une expérience institutionnelle réussie selon notre spécialiste. En effet, en l’espace de huit ans, l’Union européenne a mis en place une politique climatique ambitieuse unique, le mécanisme d’échange européen de quotas d’émission étant  le système le plus élaboré et le plus conséquent au monde. Néanmoins, le défi principal pour la Commission européenne dans les années à venir est de réussir la réforme de ce système.

Les propositions de l’Union européenne sont aujourd’hui au nombre de 6. Cette dernière propose par exemple l’augmentation de l’objectif de réduction des émissions de CO2 à 30 % en 2020, l’intégration de nouveaux secteurs ou encore la création d’un prix plancher, ce qui pourrait permettre d’introduire un degré de certitude. Cependant, le choix du prix adéquat, le risque de modification des activités sur les marchés,  la liaison de l’EU ETS et au marché Australien, ayant retiré son système de prix plancher pour mieux préparer cette fusion, sont des obstacles à son application.

Une autre solution serait de faire du « BACKLOADING », c’est à dire retirer  l’équivalent de 900 quotas entre 2013 et 2015 afin d’éliminer le surplus de quota sur le marché et de les réintroduire plus tard quand l’économie serait relancée.  Le vote du Parlement européen et des Etats membres est attendu au premier trimestre 2013.

Quels usages des recettes générés ?

Avec la mise aux enchères de quotas généralisée à partir de 2013, une question qui fait également débat à l’heure actuelle est celle de l’usage des recettes générées par la mise aux enchères des quotas à partir de 2013.A l’échelle européenne, il est décidé que 50 pourcents des recettes de chaque pays doivent servir à financer les politiques climatiques et environnementales. Afin de garantir une transparence du système, ces dépenses devront être reportées à la Commission européenne.  Le premier reporting est programmé pour 2014.  La France quant à elle,  s’est engagée à dépenser 90 % des recettes dans la rénovation des bâtiments pour les rendre moins énergivores.

Et les Etats-Unis ?

Nous avons profité de la présence d’Emilie ALBEROLA pour nous éclairer sur la question des Etats-Unis. En effet, ils ont toujours été très averses à un système international de contrôle et d’échange des quotas d’émissions, n’ayant jamais ratifié le traité de Kyoto. Pourtant à l’échelle nationale plusieurs marchés se sont mis en place, comme par exemple le marché californien qui vient juste d’être lancé, ou encore le RGGI. Elle nous a expliqué que ceci est dû à la force des lobbys des états miniers et des états dont les enjeux des ressources pétrolières sont trop importants. Le changement climatique reste, donc avant tout, une question politique.

Hoang BUI et Sonia GIUGGIA